Nectardéchois ou « l’entreprise autrement »
Publié le 6/04/2012
A l’aune d’une situation économique difficile, l’emploi et l’accompagnement des populations vers un retour durable à l’emploi demeurent au cœur des priorités. L’économie sociale et solidaire (ESS), portée par différents mouvements : coopératif, mutualiste ou associatif, va dans ce sens. Caractérisée par une grande diversité d’initiatives économiques et par un ancrage territorial fort, avec un gisement d’emplois pour l’essentiel non délocalisables, l’ESS constitue, en cette période de crise, un modèle de développement alternatif doté de potentialités multiples. La société Nectardéchois en est la parfaite illustration.
Qu’est ce que l’économie sociale et solidaire ?
L’économie sociale et solidaire (ESS) vise à remettre l’homme au cœur de l’économie. L’INSEE définit l’ESS comme un ensemble
d’organisations qui respectent quelques caractéristiques communes. Ce sont des sociétés de personnes (adhérents ou sociétaires) et non des sociétés de capitaux : le but de ces entreprises n’est pas uniquement le profit, et les excédents sont principalement réinvestis. On y trouve ainsi des coopératives agricoles et de production, des mutuelles, des associations et des fondations. Dans les structures économiques classiques, le nombre de voix dépend du nombre de parts. Dans les sociétés coopératives, le nombre de voix par personne est égal à… un. Ce principe de « une personne = une voix » est central. Il favorise l’égalité et la démocratie à l’intérieur des structures. Il y a une démarche éthique, solidaire et donc humaniste dans ces entreprises puisqu’elles concourent à améliorer la qualité de vie des habitants. L’intérêt est que les emplois créés sont peu délocalisables car ils répondent à une demande locale. Ainsi, en regroupant une grande diversité d’initiatives économiques , l’ESS permet de renforcer les solidarités, d’améliorer la qualité de vie des habitants et de lutter contre les exclusions par la création d’emplois pour l’essentiel non délocalisables. Le secteur de l’ESS constitue, dans cette période de crise, un modèle de développement alternatif pertinent, que la société Nectardéchois, producteur de jus et nectars de fruits, illustre parfaitement.
Des fruits, des jus et des emplois
A Pailharès, 289 habitants, les fruits font l’emploi. Basé dans l’Ardèche Verte, entre Annonay et Lamastre, Nectardéchois transforme ainsi plusieurs centaines de tonnes de fruit par an pour produire plus de 250 000 litres de jus et nectar. D’abord sous forme associative, Nectardéchois vient de se transformer en Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) et emploie cinq salariés permanents. Impulsé par la municipalité, un atelier de jus de fruit voit le jour en 1998 avec une capacité de production de 60 000 litres. Le succès est immédiat : l’atelier répond aux besoins et à l’envie des nombreuses personnes qui ont des fruitiers sur leur terrain. Après plusieurs modernisations, la production annuelle de 250 000 litres de jus et nectar est atteinte pour une fréquentation de 300 à 400 personnes par an.
« L’une des principales forces de notre atelier est de permettre la transformation au lot par lot », explique Rémy Sapet, président de l’association depuis 2006. En clair : les gens arrivent avec leurs fruits, voient faire la transformation et repartent avec des bouteilles exclusivement de leur production. « Bien sûr, c’est un peu plus cher que dans d’autres ateliers mais ici, le lot commence à seulement 100 kilos de fruits », insiste Rémy Sapet. Avec le recrutement de M. Laurent Chupin, gérant salarié au 1er avril 2012, l’effectif de Nectardéchois montera à cinq salariés permanents plus quatre emplois temporaires lors de la saison. Cette évolution permettra un réel développement de l’activité en ne faisant plus reposer sur les bénévoles les lourdes tâches quotidiennes de gestion.
En octobre dernier, l’association Nectardéchois a choisi d’accroître son développement en se transformant en SCIC.
SCIC… quésaco ?
« La Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) permet d’impliquer l’ensemble des acteurs concernés par son activité : salariés, bénéficiaires, bénévoles mais aussi collectivités locales. Je suis convaincu du potentiel de développement de Nectardéchois : ce nouveau statut nous permet une meilleure structuration ainsi que l’intégration des forces locales dans le projet », se félicite Rémy Sapet. Les usagers et les salariés se partagent ainsi 70% des droits de vote. « Nous avons été très associés en amont par le conseil d’administration car nous sommes au quotidien dans la production » explique Monique Farre, responsable administratif et comptable. Avec la présence d’un collège de salariés, « cela officialise [leur] rôle dans la prise de décisions ». Le collège des collectivités territoriales possède lui 20% des droits de vote. Pour Jean-Paul Chauvin, président de la Communauté de communes du Pays de Saint-Félicien, la prise de participation dans la SCIC montre « le souci de la part de la collectivité territoriale de maintenir et de soutenir une activité économique qui valorise le territoire tout en faisant la promotion de la production locale ».
Les autres formes de coopératives
Outre les SCIC, les Sociétés coopératives de production (SCOP) sont très répandues, mais plus restrictives. Elles se caractérisent principalement par la double qualité de travailleur et d’associé de chacun de leurs membres. Au total, ce sont 22 entreprises coopératives, SCOP ou SCIC, qui sont présentes en Ardèche.
Autres formes de coopératives agricoles, les Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole (CUMA) permettent aux agriculteurs de mettre en commun leurs ressources afin d’acquérir du matériel agricole. Au-delà de cette vocation première, elles constituent aussi un moyen d’échanges et de rencontres entre les agriculteurs. En Ardèche, 120 CUMA sont en activité.
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